Le Journal du Vin


Au cœur du vignoble > Les régions viticoles

Provence & Corse

Le vignoble de Provence s’étend sur la majeure partie de l’ancienne province, de Nice à Avignon, dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et des Alpes-Maritimes. Ce vignoble le plus ancien de France, puisqu’il remonte au 7e siècle av. J.-C., est caractérisé par ses paysages variés et ses différences de terroirs, mais il est toujours synonyme de soleil. Il comprend trois AOC régionales - Côtes de Provence, Coteaux d’Aix-en-Provence, Coteaux varois en Provence - qui représentent 96% de la production provençale en AOC, et six AOC locales : Bandol, Bellet (autour de Nice), Cassis, Palette (à l’est d’Aix), Les Baux-de-Provence et enfin Pierrevert (au nord).

L’AOC Côtes de Provence
Elle s’étire sur près de 20 000 hectares, principalement dans le Var et accessoirement dans les Bouches-du-Rhône. Elle recouvre le massif cristallin des Maures, la dépression permienne de Toulon à Saint-Raphaël, le bassin de Bandol, le plateau et les collines jurassiques calcaires au nord-ouest, ainsi que le haut bassin de l’Arc avec des reliefs limités par des chaînons, dont la fameuse montagne Sainte-Victoire. Le calcaire domine donc au nord et à l’ouest, et le cristallin au sud et à l’est, avec une multiplicité de terroirs différents.
L’appellation produit à 80% du vin rosé, puis du vin rouge et enfin du vin blanc. Pour les rouges et les rosés, l’encépagement est constitué principalement de cinsault, grenache, mourvèdre et syrah ; pour les blancs, surtout de clairette et d’ugni blanc. Les vins rouges, issus surtout de terres calcaires et pauvres, sont caractérisés par leur côté gourmand et bien charpenté, les rosés aux arômes fruités et floraux sont particulièrement délicats.
En 1955, l’AOC Côtes de Provence a distingué par la mention Cru Classé ses domaines les plus rigoureux. Aujourd’hui 18 d’entre eux bénéficient encore de ce classement.

L’AOC Coteaux d’Aix-en-Provence
Elle a été obtenue en 1985 et concerne 4 000 hectares dans la zone occidentale de la Provence autour d’Aix, où la vigne est cultivée depuis les Romains sur sol calcaire. Elle s’étend à l’ouest de la montagne Sainte-Victoire, de la Durance à la Méditerranée ; elle est constituée de chaînons frappés par le soleil et par le vent. On y produit surtout des vins rosés (84%), qui développent une riche palette d’arômes de baies rouges et de pierre à fusil, quelques vins rouges et vins blancs. L’encépagement, pour les vins rouges et rosés, est constitué de grenache et de carignan, ainsi que de cinsault et de mourvèdre ; la présence du cabernet-sauvignon est limitée. Les blancs sont issus du grenache blanc, du vermentino, de la clairette, du bourboulenc et de l’ugni en présence limitée.

L’AOC Coteaux varois en Provence
Elle existe depuis 1993. Son vignoble très discontinu est délimité au nord par de hauts plateaux et au sud par les monts du Toulonnais, à l’ouest par le mont Aurélien et à l’est par la Barre de Saint-Quinis. Les vignes sont plantées en pentes calcaires caillouteuses et pauvres, ou dans des vallées à alluvions, sur des sols bruns sur marnes ou des argiles rouges légères, le tout balayé par un vent moins fort qu’ailleurs à cause des collines et des massifs. Les températures estivales sont extrêmement élevées.


Le vignoble de Corse s’étend tout autour du littoral de l’île sur une surface de 7 180 hectares, dont 2 759 en AOC.

Une terre à part
L’île est une chaîne de montagnes sortant de la mer et offrant une grande variété de sols. Elle culmine à 2 700 mètres avec des sols granitiques à l’ouest, plus calcaires au nord et au sud, schisteux à l’est. Le paysage est découpé par des vallées qui séparent les parois montagneuses et descendent vers la mer. Cela explique l’existence de microclimats en fonction de la situation des pentes et des terrasses de vignes, parfois vertigineuses. L’île bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel avec 2 885 heures en moyenne par an. Les gelées sont très rares en hiver, le printemps est précoce et l’été jouit de vents montagnards ou maritimes qui temporisent les fortes chaleurs de cette saison.
Les cépages locaux traditionnels du vignoble corse sont adaptés à ces conditions. Ils sont une trentaine, constituant une richesse ampélographique considérable. On peut ajouter, dans les assemblages, de la syrah, du grenache et même du merlot. Parmi les principaux cépages corses en blanc : le paga debiti, le plus ancien de l’île ; le vermentinu, produisant des vins particulièrement aromatiques ; le carcajolo blanc ; le bianco gentile et la rossula bianca. Les cépages majeurs en rouge sont : le sciaccarellu, qui signifie « craquant sous la dent », surtout planté au sud de l’île, donnant des vins délicieusement poivrés et d’une grande souplesse ; le carcajolo noir ; le barbarossa et le fameux niellucciu, couvrant 35% des vignobles de l’île de Beauté, principalement au nord pour les vins de Patrimonio. L’aleatico, à l’est et au nord, est réservé à l’élaboration de vins de pays et du rappu, vin doux muté à l’eau de vie. Les trois cépages nobles composant les vins en AOC sont le sciaccarellu, le vermentinu et le niellucciu.

Une mosaïque d’héritages
Les Grecs cultivaient déjà la vigne au 6e siècle av. J.-C. Les Romains ont pris la suite, puis les Pisans et les ordres monastiques, ensuite les Génois au Moyen-Âge. De la fin du 18e siècle à la fin du 19e siècle, la production a fait plus que doubler, jusqu’à la crise catastrophique du phylloxéra. Après la Première Guerre mondiale, seules quelques parcelles disséminées subsistaient.
Le retour de la production viticole est intervenu dans les années 1960, lorsque des rapatriés d’Algérie se sont remis à la culture de la vigne à gros rendement, remplaçant les vins de table algériens. Le vignoble s’est alors étendu à 14 000 hectares. Une vingtaine d’années plus tard, les changements d’habitude de consommation et la recherche de qualité ont engendré des arrachages dans les domaines produisant des vins de table, réduisant de moitié la surface viticole cultivée.
Aujourd’hui, la production en AOC représente presque 40%, tandis que celle des vins de table dépasse à peine 5%. Le reste est produit en vins de pays.


Neuf appellations d’origine contrôlée
Les deux appellations principales sont Ajaccio et Patrimonio, auxquelles s’ajoutent les cinq AOC Corse (Corse Calvi, Corse Sartène, Corse Figari, Corse Porto-Vecchio et Coteaux du Cap Corse), une appellation régionale Vin de Corse (surtout à l’ouest de l’île) et enfin l’appellation Muscat du Cap Corse pour les vins doux naturels.
Les vins de pays représentent environ un peu plus de la moitié de la production, alors qu’ils n’étaient que 3% en 1980. Ils incarnent le dynamisme de l’île et de ses vignerons tournés vers l’avenir.
Les vins l’île de Beauté accompagnent à merveille les recettes méditerranéennes.