Le Journal du Vin


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Jura-Savoie

Les vignobles du Jura et de la Savoie sont parmi les plus petits de France, chacun couvrant environ 2 000 hectares. Le Jura viticole s’étend sur une longue bande de 80 kilomètres, du sud de Saint-Amour au nord-ouest de Salins-les-Bains, et d’une largeur d’à peine 6 kilomètres. Le vignoble savoyard est localisé essentiellement dans les départements de la Savoie (1 400 hectares) et de la Haute-Savoie, auxquels s’ajoutent trois communes : Chapareillan dans l’Isère, Corbonod et Seyssel dans l’Ain.


LE JURA
Un relief ciselé propice à la vigne
Le vignoble du Jura est établi sur une faille géologique qui marque une rupture entre le premier plateau du massif du Jura et la plaine de la Bresse à l’ouest. En effet, à l’ère secondaire (ou jurassique), la surrection des Alpes proches a provoqué des plis qui se sont ensuite érodés par la glaciation, formant ces fameuses « reculées » typiques de la région, et laissant affleurer les roches calcaires favorables aux cépages jurassiens. Ces dernières sont associées à des terres argileuses et marneuses. Les vignes sont plantées en pente entre 200 et 400 mètres d’altitude.
Le climat est de type semi-continental avec des variations climatiques brutales. L’hiver est rude, le printemps souvent pluvieux et l’été généralement chaud et sec, suivi d’un automne humide. Cependant le vignoble jouit de microclimats grâce au découpage du relief et à l’altitude variée. De plus, l’exposition des vignes au sud ou au sud-ouest permet un ensoleillement des plus favorables et protège des vents du nord, comme la bise noire, ou du sud-est, trop sec. La situation en pente permet aussi un bon écoulement des eaux, notamment pour les vendanges.
La culture de la vigne remonte ici à l’ère gauloise, attestée tout au long du Moyen-Âge. En 1732, un décret royal a limité la quantité des cépages afin de favoriser la qualité. Le vignoble a augmenté en superficie tout au long du siècle suivant (20 000 hectares), jusqu’à la catastrophe du phylloxéra. C’est un Franc-Comtois, Alexis Millardet, qui a testé et replanté les premiers hybrides immunisés.


Cinq appellations d’origine à redécouvrir
Le Jura dispose de cinq appellations. L’AOC Côtes du Jura est la plus étendue du nord au sud avec 640 hectares. Elle produit tout type de vins, mais surtout du vin blanc, rond et généreux, et du vin de paille. L’AOC Arbois (1re AOC créée en France en 1936) est la plus importante avec 800 hectares. Elle produit un vin rouge caractérisé par sa délicatesse, qui peut se garder de trois à cinq ans, du vin rosé et du vin blanc, ainsi que du vin jaune et du vin de paille. Plus au centre, l’AOC L’Étoile donne naissance autour du village du même nom à des vins blancs réputés et à d’excellents vins de paille et vins jaunes. L’AOC Château-Chalon, au nord-est de L’Étoile, est quant à elle le berceau par essence du vin jaune. Le Jura viticole compte également l’AOC Crémant du Jura, reconnue depuis 1995, qui produit un mousseux de qualité, et l’AOC Macvin du Jura (depuis 1991), pour ce vin de liqueur blanc, rouge ou rosé, issu de l’assemblage de moût et de marc de raisin du Jura.
Cinq cépages sont cultivés dans le vignoble du Jura, par ordre d’importance : le chardonnay (50% de l’encépagement), donnant des vins blancs puissants et complexes ; le poulsard, qui est à l’origine de vins rouges fins et aromatiques ; le savagnin, très qualitatif et utilisé pour le vin jaune ; le pinot noir, adapté au climat continental et produisant des vins tanniques ; enfin le trousseau, exclusif à cette région, qui est associé aux deux autres cépages noirs pour des vins rouges plus corsés.

Au royaume des vins jaunes et vins de paille
Le Jura produit deux vins blancs élaborés de manière particulièrement originale, comme le vin de paille et le vin jaune. Le premier est issu de raisins séchés en hiver sur un lit de paille, dont le moût regorgeant de sucre donne après une lente fermentation un vin naturellement doux, entre 14,5° et 17° d’alcool. Il vieillit ensuite trois ans pour développer des arômes de miel et de fruits confits.
Le second, uniquement issu du savagnin vendangé le plus tard possible, est un vin blanc sec de très longue garde qui est vieilli pendant six ans et trois mois dans des fûts de chêne sans ouillage, favorisant l’apparition d’un voile. Le vin jaune, à la belle robe ambrée, se conserve pendant plusieurs décennies voire un ou deux siècles pour les grands millésimes. Il exhale au fil des ans des arômes de noix, de miel et de cire d’abeille, ainsi que des notes de caramel.



LA SAVOIE


Une géographie soigneusement appropriée
Le vignoble de la Savoie est un vignoble montagnard exploitant au mieux toutes les particularités géographiques, géologiques et climatiques (continental montagnard) qui découlent de cette situation. Il est constitué de parcelles morcelées et d’îlots de culture qui épousent les pentes ou les plateaux bien exposés au soleil.
Le vignoble est situé dans les Préalpes et les versants les mieux exposés des vallées alpines. L’importance de l’orientation du vignoble et de sa topographie est prépondérante, car il doit être protégé des grands gels et de la bise venant du nord. Majoritairement planté en-dessous de 600 mètres d’altitude, il se trouve sur les pentes sud-sud-ouest ou ouest, ou bien au bord des lacs, comme ceux du Bourget, d’Annecy ou au sud du Léman, dont la proximité tempère la rigueur hivernale.
Il est cultivé sur des moraines glaciaires ou des éboulis calcaires qui garantissent un bon drainage en surface et en profondeur. Ce matériau caillouteux emmagasine la chaleur pendant la journée et la restitue au petit matin, jouant ainsi un rôle de véritable « batterie thermique ». Cela donne aussi une belle minéralité aux vins de Savoie. Il est également cultivé sur des terrasses alluviales façonnées à l’ère quaternaire.


Des cépages résistants
On trouve en Savoie 23 cépages dont sept variétés locales (l’altesse, le gringet, la jacquère, la molette - désormais rare, la mondeuse blanche, la mondeuse noire et enfin le persan). Les vins blancs représentent plus de 70% de la production viticole de la région. Les cépages les plus fréquents pour les vins rouges sont le gamay vif et racé et la mondeuse noire qui donne des vins charpentés avec un arôme de violette caractéristique. Le pinot noir et le persan les complètent. Pour les vins blancs, les cépages les plus emblématiques sont en premier lieu la jacquère, présente partout et tardive, qui donne des vins légers et fort agréables ; la mondeuse blanche, désormais plus marginale ; l’altesse, appelée aussi roussette, cépage éminemment savoyard qui donne des vins aux arômes riches et plus corsés ; d’autres cépages blancs sont utilisés dans certaines aires de production limitées et le chardonnay fait son entrée depuis une vingtaine d’années.

Une culture naturellement respectueuse
La région bénéficie de trois AOC : l’AOC vin de Savoie, formée en 1973 et comprenant seize dénominations géographiques dont les fameux Apremont, vin blanc sec à la fois fruité et minéral, légèrement perlant, et Ayze avec son vin mousseux ; ensuite l’AOC Seyssel, formée en 1942, qui représente 5% de la production ; enfin l’AOC Roussette de Savoie dont les vins blancs exhalent des arômes de fruits secs et de noisette, et dont certains peuvent se garder plusieurs années. Cette AOC bénéficie de quatre appellations géographiques.
La vigne est cultivée ici depuis les Allobroges et les Romains, mais en plus, depuis plusieurs décennies, les vignerons mettent l’accent sur une production offrant constamment vivacité et plaisir. En effet, le millésime n’est pas ici le plus déterminant dans ces mariages d’arômes corsés et fruités. Les vignerons aboutissent à des variations de plus en plus réussies. Ils sont habitués à la précision et à une culture adaptée à un environnement rude ; c’est pourquoi leurs vins sont toujours respectueux de la nature et font partie des coups de cœur obligés des amateurs de la montagne et de son art de vivre et emportent les suffrages de tous les autres.