Le Journal du Vin


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Le merlot

S’appelle-t-il merlot parce qu’il a la couleur d’un merle noir, où bien parce qu’il est le raisin préféré de cet oiseau ? Des deux explications, la plus exacte n’a jamais été identifiée ; on peut donc supposer qu’elles sont toutes les deux valables. On peut aussi noter qu’il s’appelait jadis merlaud en vieux français, cité sous ce nom au 18e siècle comme l’un des meilleurs cépages des vignobles libournais.
Les anciens ne s’y sont pas trompés puisqu’aujourd’hui tous les crus de Pomerol, Fronsac et Saint-Emilion sont élaborés à base de merlot, à commencer par le premier d’entre eux, le célèbre Petrus. Dans son cas il s’agit même d’une référence mondialement reconnue, constituant une entité agronomique unique, avec un terroir d’argile et des vieux ceps cultivés comme dans un jardin.
Mais le merlot a dépassé les frontières de son canton d’origine, pour devenir le cépage le plus planté à Bordeaux. Tous les grands crus du Médoc et des Graves, comme ceux de toutes les appellations du Bordelais, ont un pourcentage plus ou moins important de merlot dans leur encépagement. De Gironde, il a essaimé dans le reste de l’Aquitaine, puis en Languedoc, en Italie, dans l’Europe entière, en Californie et jusqu’en Chine. On pense que le merlot est aujourd’hui cultivé sur plus de 200 000 hectares dans le monde.
Ce cépage si réputé pour la rondeur de ses vins, leur amabilité, leur féminité, est pourtant fragile. Il est très sensible à la coulure, au mildiou et à la pourriture. En outre, un excès de rendements et de surmaturité enlève beaucoup de ses qualités, ce qui rend sa culture exigeante. Traditionnellement, il est le premier cépage noir vendangé à Bordeaux, car le plus précoce : les premiers raisins sont souvent coupés sur les bons terroirs dès le 20 septembre.
Si certaines appellations du Médoc comme Pauillac ou Saint-Julien restent majoritairement plantées de cabernet-sauvignon, on observe que le merlot a fait des incursions massives à Saint-Estèphe, à Listrac et dans de nombreux vignobles du Nord Médoc, où les terroirs argileux et argilo-calcaires favorisent sa croissance. Mais ce cépage dominant n’est pas forcément dominateur ; l’alliance séculaire qu’il scelle dans les plus grands crus avec les cabernets constitue peut-être sa plus belle qualité. Ce mariage de raison donne à chacun l’occasion de s’épanouir mieux qu’il ne le ferait s’il était seul.