Le Journal du Vin


Au cœur du vignoble > Les cépages

Le gamay

L’ampélographie traditionnelle recense trente gamays différents, pour la plupart oubliés et fort peu répandus. Celui qui nous occupe est le gamay à jus blanc, qui est le grand cépage noir du Beaujolais. Sur les beaux coteaux de ce vignoble, il a acquis une grande popularité et y connait ses plus grandes plantations.
Pour autant, ce gamay à jus blanc est cultivé en de nombreux endroits en France, en Touraine et Anjou, notamment, en Midi-Pyrénées, un petit peu en Aquitaine et Poitou, ainsi qu’en Suisse. Il est aussi utilisé avec profit pour divers vins de pays et vins rosés. Parmi les autres gamays, on retiendra cependant le gamay de Bouze, ou gamay à jus rouge, très vieux cépage ressuscité dans le Val de Loire, où certains passionnés en tirent un vin délicieux.
Le gamay est un cépage noir très ancien connu surtout à travers le Beaujolais Nouveau, vin primeur que l’on commence à boire à partir du troisième jeudi de novembre. Son arrivée dans les restaurants et brasseries donne lieu à de conviviales réjouissances. Si son image est un peu oblitérée depuis quelques années, elle reste forte dans certains marchés d’exportation comme le Japon.
Dans ce cas précis de vin nouveau, le gamay est vinifié rapidement et mis en bouteilles après de courtes fermentations, sans élevage. Le vin est simple, mais fruité (cerise, framboise), généralement vif. Beaucoup de ces vins primeurs, et même des Beaujolais Villages, ont été gâtés par des excès de levures aromatiques et de chaptalisation.
Ce n’est pas le cas avec les Beaujolais de crus, tels que Saint-Amour, Morgon, Juliénas, Fleurie et autres Brouilly, qui sont la vraie noblesse du gamay. Dans ces appellations, d’ailleurs de plus en plus prisées, qui constituent le cœur qualitatif du vignoble du Beaujolais, les vins sont denses, complexes, aux tanins doux et soyeux, aux parfums raffinés. Ils sont en outre capables de bien vieillir : les bons vignerons, peuvent faire goûter aux amateurs les plus exigeants des gamays de 20 ans, de grande qualité. Ces crus du Beaujolais suffisent à donner du gamay une bonne image ; toute une génération de jeunes vignerons bourguignons s’y attache.
Et pourtant, ce n’est pas d’aujourd’hui que le gamay a mauvaise presse. En 1395, époque ou on l’orthographiait « gamet », Philippe le Hardi a exigé dans un édit que l’on arrache « ce très déloyaut plant » (sic). Deux siècles plus tard, c’est le comte de Bourgogne qui a carrément interdit de planter de nouveaux « gameys » dans sa province. S’agissait-il de l’actuel gamay noir à jus blanc ? Rien n’est moins sûr. On sait en revanche que la création de bons clones, les progrès de la viticulture et de l’œnologie, la maîtrise des rendements, l’adaptation à un terroir choisi ont favorisé l’existence de ce cépage typiquement français. Et contribué ainsi à la pérennité du joli vignoble beaujolais.