Le Journal du Vin


Au cœur du vignoble > Les cépages

Le chenin

Ce très vieux cépage français est connu de longue date pour être LE grand cépage blanc de l’Anjou et de la Touraine. Il a la particularité de donner des vins de qualité aussi bien secs, que moelleux, liquoreux, ou effervescents comme à Saumur. Son origine est incertaine, même si tout le monde admet qu’elle remonte au Moyen-Age. Pour les uns, le chenin est né dans le Sud-Ouest, qu’il a quitté en bateau par le port de Bayonne pour aller sur la Loire tenter une nouvelle vie : aventure couronnée de succès. Pour d’autres, c’est à Mont Chenin en Touraine qu’il a été identifié dès le 15°siècle, grâce à l’abbé de Cormery, qui serait une sorte de Dom Pérignon ligérien. De tout cela, il ressort qu’une part de légende est déjà attachée à sa naissance….
Le chenin est surtout connu pour produire des vins blancs extrêmement acides. Un coup de chenin à onze heures du matin « ça remet le facteur sur son vélo » se plaisait à dire Gaston Huet, l’un des plus grands vignerons du Val de Loire. Et de servir un de ses Vouvrays de 50 ans d’âge qui suffit à faire connaitre et surtout apprécier les vertus de ce cépage, finalement peu répandu, et un peu sous-estimé, selon plusieurs dégustateurs chevronnés.
Outre sa vivacité, qui s’estompe avec le temps, surtout dans les liquoreux, le vin du chenin est riche d’arômes nobles, un peu salés, très friands, qui aiguisent l’appétit. Son nez peut paraitre un peu muscaté et sauvage, puis la bouche révèle des parfums de miel, de fleurs et toute une palette aromatique pleine de charme et de persistance. Son aptitude au vieillissement est spectaculaire, qu’il soit sec ou moelleux : il semble toujours plus jeune que son âge, même après des décennies.
On trouve du chenin çà et là en France, planté d’une manière un peu éparpillée, mais aussi en Amérique du Sud et du Nord, en Australie, en Nouvelle-Zélande, et de manière plus abondante en Afrique du Sud. Mais il donne ses plus grands vins dans les appellations Savennières, Quarts de Chaume, Coteaux-du-Layon, Vouvray ou encore Montlouis, qu’il soit sec ou liquoreux. Il peut bien entendu entrer aussi dans des assemblages, où il apporte sa structure minérale et alerte.
Le chenin est un cépage vigoureux mais fragile, un peu tardif, sensible aux maladies et à la pourriture, qui se plait particulièrement sur les sols calcaires du tuffeau ligérien, avec assise de schiste ou de granit. Il réclame un climat tempéré et des rendements bien maitrisés. A toutes ces conditions, auxquelles s’ajoute la main de l’homme, il peut livrer des chefs d’œuvre.