Le Journal du Vin


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La syrah

D’où vient ce beau cépage noir, au nom oriental et à l’orthographe bizarre ? Pour les uns, il a été rapporté de la ville de Schiraz par des Croisés, d’où son nom. Pour d’autres, il était déjà connu des Romains sous le nom de Syriaca. Certains encore avancent l’idée qu’il est venu d’Egypte en passant par Syra…cuse ! Et pour d’autres, il est simplement né dans la vallée du Rhône, quelque part entre Vienne et Valence, où il est toujours chez lui aujourd’hui. En effet, ces vignes en terrasses qui bordent le fleuve, étagées de murets en murets, sont plantées de syrah : c’est la Côte-Rôtie, l’Hermitage, Cornas et de toutes les Côtes du Rhône septentrionales.
Pour autant, son succès est relativement récent : c’est seulement à la fin du siècle dernier que la syrah a connu une migration spectaculaire dans toutes les Côtes du Rhône, le Languedoc, la Provence, le Roussillon et dans une moindre mesure dans le Sud-Ouest. Elle a aussi tenté sa chance avec succès dans le Valais suisse. En Australie, c’est une syrah aux rendements industriels qui produit des vins de table, sur de larges surfaces, à l’exception notable de quelques vignobles de grande qualité. On trouve la syrah aussi en Amérique, mais il semble qu’il s’agisse d’un cépage français oublié, le durif, et non pas de l’authentique et bonne syrah….
La syrah est un cépage plutôt tardif, vigoureux, sensible aux dégâts des insectes ; ses grappes assez petites portent des raisins noir bleuté. Elle apprécie les grosses chaleurs du Midi, mais redoute un mistral trop violent qui casse ses sarments. La syrah donne des vins noirs, très colorés, riches en alcool, concentrés, aux arômes d’épices, de poivre, de cassis, de violette et de mûre, généralement bien identifiés. Ces vins sont réputés pour leur complexité et leur forte expression, mais toutes ces qualités disparaissent dans un rendement trop laxiste. Dans le sud de la France où elle connait une grande expansion, la syrah entre dans la composition des vins aussi bien comme cépage unique que comme complément d’assemblage, majoritaire ou minoritaire. A ce titre, elle a beaucoup contribué à améliorer des vins jadis faibles, regardés avec condescendance comme des « vins du midi ». Mariée avec grenache, cinsault, mourvèdre ou carignan, elle devient ce « cépage améliorateur » dont toute une nouvelle génération de vignerons prône les bienfaits. Au point qu’on peut se demander si, amateur de climat chaud, la syrah n’a pas un bel avenir devant elle avec le changement climatique.