Le Journal du Vin


Le pêle-mêle du vin

Les « vins bio »

Trois écoles, de multiples certifications

L’agriculture biologique n’est pas une mode passagère, c’est une tendance lourde qui concerne tout le monde rural, en France, en Europe et sur l’ensemble de la planète. La viticulture est l’un des secteurs où le bio se manifeste le plus ; on compte désormais 8 000 hectares de vignes, pour le seul département de la Gironde, cultivés selon ces principes. Néanmoins, il y a bio et bio. On peut répartir cette philosophie culturale selon trois grandes écoles.

L’agriculture raisonnée
C’est un principe simple, qui se veut celui d’une agriculture raisonnable, répondant à la pression croissante de l’écologie dans l’opinion. Il s’agit de cultiver la terre en limitant les fertilisants, en protégeant la nature et la vie animale, en mesurant les traitements préventifs parfois inutiles et les pulvérisations chimiques, en préservant la nature des sols, la biodiversité, la qualité de l’eau. Les producteurs qui s’engagent dans cette voie veulent aussi valoriser l’image d’une viticulture soucieuse du développement durable. Et une meilleure approche de la connaissance de la plante, donc du raisin, qui donnera le vin.
L'association TERRA VITIS, mais aussi le réseau FARRE (forum de l’agriculture raisonnée et respectueuse de l’environnement), rassemblent des vignerons de toute la France autour de cette philosophie de viticulture durable. C’est le cas par exemple du Château de L’Engarran dans le Languedoc, ou le Domaine Robert Sérol en Côte Roannaise. Il faut néanmoins savoir que les tenants de l’agriculture raisonnée ne font pas toujours la démarche de se déclarer en tant que tels.

L’agriculture biologique
Il s’agit d’un cahier des charges beaucoup plus contraignant pour le producteur. L’essentiel repose sur un refus de toute pollution, de tout gaspillage et de tout usage de produits chimiques et de synthèse dans la culture de la vigne (herbicide, fongicide, pesticide et autres). Refus aussi des OGM, des engrais inutiles, de la course aux rendements et de toute industrialisation des pratiques culturales. La viticulture s’est emparée de ces principes. Ainsi, on voit désormais des haies plantées autour des vignes pour favoriser les oiseaux nicheurs qui dévorent les insectes parasites, des ruches avec des jachères de fleurs pour faire revenir les abeilles, des bassins de décantation naturels pour les eaux usées du chai, des fermentations exclusivement à partir de levures naturelles, des systèmes de confusion sexuelle pour les insectes (au lieu des insecticides chimiques), des labours à cheval pour éviter les tassement des sols par les tracteurs...
Le sigle AB, vert et facilement repérable, est couramment utilisé par les adhérents, mais d’autres labels existent. La certification, assurée par des organismes officiels tels que Ecocert, Agrocert, Bureau Véritas, etc., apporte la preuve que le vin dans la bouteille est né d’une vigne cultivée selon des méthodes écologiques. C’est le cas par exemple du Château Bellevue (Lussac Saint-Emilion) à Bordeaux, du Domaine Marcel Deiss en Alsace, du Domaine Vacheron (Sancerre) en Loire, ou encore du Domaine Guillot-Broux (Mâcon) en Bourgogne.
Toutefois, pour avoir un « vin bio » au sens strict, il faut en plus que les méthodes de vinification respectent un cahier des charges spécifique, soumis par l’organisme NATURE & PROGRÈS. Les levures indigènes y sont interdites pour la fermentation, la chaptalisation n’est autorisée qu’à hauteur de 1%, le collage ne peut se faire qu’au blanc d’œuf bio ou à l’argile, le taux de dioxyde de soufre maximum dans le vin est moitié moins élevé que celui autorisé par l’Union Européenne…

La biodynamie
C’est la philosophie « plus bio que bio » : elle inclut tous les éléments de l’agriculture biologique, en y ajoutant des recommandations supplémentaires, pour l’essentiel liées au calendrier lunaire, aux cycles naturels comme celui des marées, aux mouvements des planètes. Il s’agit également de « dynamiser » certaines préparations, comme le mélange d’eau et de poudre de corne de vache, en les remuant une minute dans un sens, une minute dans l’autre sens, et cela pendant une heure, avant de fertiliser la terre. La biodynamie préconise l’emploie de tisanes de pissenlit ou de camomille pour soigner la vigne, ainsi que du quartz finement broyé et pulvérisé à doses homéopathiques. Ces pratiques, héritées de la philosophie de l’Autrichien Rudolf Steiner au début du siècle dernier, ont été vivement critiquées, parfois assimilées à des pratiques sectaires. Il ne s’agit en fait que d’un refus de la chimie et de la pollution dans les aliments, en redonnant à la terre sa fécondité naturelle, sans l’épuiser artificiellement.
La marque collective DEMETER certifie la validité des engagements du producteur, dans ce qui est autant une philosophie exigeante qu’une agriculture. On distingue deux types de labels : « Vin issu de raisins DEMETER», où seule la vendange est certifiée en biodynamie, et « Vin DEMETER », où la vinification elle-même est certifiée biodynamique, selon un cahier des charges plus strict que celui de NATURE & PROGRÈS pour le bio. Autre label, certifiant uniquement les raisins : BIODYVIN, délivré par le Syndicat international des vignerons en culture biodynamique, et seulement après certification préalable en bio par l’organisme ECOCERT. Deux exemples de domaines français en biodynamie : Zind-Humbrecht en Alsace et Thierry Germain en Loire.

Bordeaux : les grands crus donnent l’exemple
Si le vignoble alsacien a été un pionnier en matière écologique, notamment avec les domaines Deiss et Zind-Humbrecht, toutes les appellations ont suivi : d’abord les producteurs de la vallée du Rhône, de Provence et du Languedoc, puis tous les autres. Dans le Bordelais, où le mouvement s’est répandu plus tardivement, l’exemple est venu des Crus Classés, comme le Château Pontet Canet à Pauillac, le Château Guiraud à Sauternes ou encore le Château Palmer à Margaux avec un premier millésime certifié en 2014. Des bastions plus ou moins militants ont aussi émergé dans des appellations moins réputées mais très qualitatives, comme les Côtes de Bordeaux. Pour exemple : le Château Cru Godard à Castillon ou encore le Château Mondésir Gazin à Blaye.

Bio… ou presque
Toutefois, l’amateur doit savoir que les domaines actuellement en cours de conversion à l’une ou l’autre de ces trois écoles (durée de plusieurs années) ne sont pas identifiables comme tels sur leur étiquette. Idem pour les millésimes d’un domaine qui sont antérieurs à son année de certification, comme par exemple les millésimes du Château Palmer actuellement vendus sur CHATEAUNET. Par ailleurs, de nombreux producteurs qui pratiquent une viticulture écologique ne le revendiquent pas forcément.
Ainsi, on trouve sur CHATEAUNET une belle sélection de domaines qui travaillent en agriculture raisonnée, en bio ou en biodynamie, qu’ils soient certifiés, en cours de certification ou non certifiés.

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