Le Journal du Vin


Le pêle-mêle du vin

Franck Richard,
Château Cru Godard
Francs - Côtes de Bordeaux

Il est rare que Franck Richard quitte ses vignes chéries, alors quand on a appris qu’il « montait à Paris » pour venir faire déguster ses vins aux clients dans les magasins CHATEAUNET, on en a profité pour lui poser quelques questions.
Car ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre l’une de nos meilleures ventes ! Comprenez son vin bien sûr, le Château Cru Godard, un rapport qualité/prix irrésistible si l’on en croit l’historique d’achat de nos clients, qui en demandent et en redemandent. Il faut dire que Franck Richard fait partie de ces quelques vignerons talentueux à qui on doit la révolution qualitative des terroirs bordelais de « côtes ». Un invité de choix pour inaugurer notre série « Rencontres Vigneronnes » !


CHATEAUNET - Avant d’être vigneron, n’étiez-vous pas… électronicien ?
Franck Richard - Si ! C’est une reconversion totale ; je travaillais dans le bâtiment, secteur d’activité de mon père. Mais si on remonte à mes grands-parents et aux générations antérieures, ils étaient dans le vin ! La pomme n’est donc pas tombée si loin de l’arbre généalogique…

C. - Pourquoi cette reconversion ?
F. R. - Par amour ! du vin bien sûr, mais pas que… Quand j’ai rencontré Carine, mon épouse, le domaine était déjà dans sa famille depuis 1895. Mon beau-père a proposé de nous former si l’on se décidait à reprendre le vignoble. Nous avons pris sa suite en 1998, mais il est resté à nos côtés comme conseiller pendant les quatre années suivantes. Aujourd’hui nous incarnons la quatrième génération de cette famille sur ces terres, avec une production majoritairement rouge sur 12 hectares de merlot (65%), cabernet-sauvignon (20%), cabernet franc (10%) et malbec.

C. - Le domaine était en coopérative ; comment s’est passée la transition vers un « vin de cru » ?
F. R. - C’était long… Il a fallu attendre que le contrat avec la cave soit honoré jusqu’au terme. C’est donc 2002 qui fut le premier millésime « château ». Mais après la coopérative, il restait tout à construire en termes de commercialisation : positionner la marque, choisir un réseau de distributeurs qualitatifs (nous refusons de vendre à la grande distribution pour conserver notre positionnement qualitatif), dessiner une étiquette…
Donc ce fut un choix lourd à assumer économiquement, mais sans aucun regret aujourd’hui compte tenu du résultat.

C. Vous auriez pu vous arrêter là…
F. R. - Oui, car nous étions passés en lutte raisonnée (label Terra Vitis) dès 1998, ce qui était déjà un gage de culture respectueuse de l’environnement pour nos clients. Pourtant, le passage en agriculture biologique a sonné comme une évidence, et à partir de 2007 nous avons fini par exclure totalement les produits de synthèse. Le retour au labour et la maîtrise des rendements se sont aussi avérés incontournables. 2010 fut notre premier millésime certifié, et quel millésime ! Exceptionnel partout à Bordeaux, donc un double succès pour nous.

C. - En plus du bio, que faites-vous pour distinguer Cru Godard de ses voisins ?
F. R. - Nous choisissons de vendanger à maturité extrême, pour obtenir des vins gourmands, sur leurs notes suaves de groseille et de fraise cuite. Mais nous veillons toujours à ne pas tomber dans l’écueil d’un degré alcoolique excessif ; nous y sommes aidés par une bonne fraîcheur due à la présence calcaire dans le sol, et grâce aussi à un élevage pour moitié en cuves inox afin de préserver l’éclat du fruit.
Nous optons également pour un travail « sur la réduction », c’est-à-dire que le contact entre le vin et l’air est limité pendant la vinification. Les vins sont seulement "aérés" de manière millimétrée juste avant la mise en bouteilles, c’est pourquoi ils nécessitent deux heures d’ouverture avant dégustation.

C. - Vous pourriez faire appel à un œnologue consultant, comme beaucoup de vos châteaux bordelais…
F. R. - Certainement pas ! Sans parler du coût conséquent que cela impliquerait, je veux continuer à faire un vin qui ressemble à son vigneron.


C’est justement la personnalité de ce vigneron authentique que l’on retrouve dans la bouteille.
Un travail récompensé par le Guide Hachette 2014, qui fait de Cru Godard 2010 son coup de cœur :
« Pas de bois mais du fruit, beaucoup de fruit. (...) Ce vin déploie des parfums intenses de fruits rouges et noirs mûrs, presque confits. La bouche, ample et longue, affiche un fruité imposant aux accents de cerise cuite, qui lui confère beaucoup de suavité et de délicatesse. »

Une découverte impérative à prix très doux, en bouteille ou en magnum !
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