Tous nos vins de Bordeaux

Effet « millésime », multiplicité des classements, vente en primeurs… le Bordelais a, plus que toute autre région viticole, des codes spécifiques liés à son histoire et à sa géographie ; des codes que l’amateur de vin doit apprendre à décrypter.

Bordeaux, la ville « au bord de l’eau »

Parmi toutes les villes françaises, Bordeaux est particulièrement connue pour la qualité de vie qu’elle propose. Après plusieurs années de travaux de rénovation, la ville resplendit, plus attractive que jamais. Nichée entre l’Océan Atlantique et la Garonne, elle bénéficie aussi d’un climat très agréable, tempéré par ces deux masses d’eau qui jouent un rôle de régulation thermique. Cette position privilégiée « au bord de l’eau », qui a donné son nom à la ville, s’avère également idéale pour les vignes, notamment sur la presqu’île du Médoc.

Car Bordeaux, c’est aussi le plus grand vignoble de vins fins au monde, avec 12 0000 hectares plantés, 62 appellations d’origine contrôlée (AOC) et plus de 10 000 châteaux. Cette suprématie est bien sûr due au terroir extrêmement qualitatif, mais aussi au savoir-faire incomparable des vignerons et vinificateurs, savoir-faire issu de la fameuse école d’œnologie bordelaise et souvent transmis de père en fils. La région produit aussi bien des vins rouges, blancs secs, blancs liquoreux, rosés et pétillants. La production est particulièrement soumise à « l’effet millésimes » lié aux conditions climatiques de l’année : tantôt solaires, tantôt océaniques, ils contribuent à diversifier encore davantage l’offre des vins bordelais.

Crus prestigieux et belles découvertes

Parmi les vins de Bordeaux les plus recherchés dans le monde, les crus du Médoc, des Graves (Pessac-Léognan), de Saint-Emilion et de Pomerol occupent la première place. Mais le Bordelais c’est aussi une myriade de petits crus sur d’autres appellations moins connues, entre autres les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur, Fronsac et Canon Fronsac ou encore les Côtes de Bordeaux, qui constituent pour l’amateur une mine de découvertes à prix doux. D’autant que la qualité globale des vins de Bordeaux n’a jamais été aussi élevée qu’aujourd’hui, grâce aux équipements de vinification modernes dont la plupart des châteaux ont pu se doter ces dernières années.

Vénérable place

Les origines viticoles de Bordeaux remontent à plus de 2 000 ans : des vignobles existaient déjà avant l'arrivée des Romains en 56 avant J.C. Le commerce des vins bordelais s’est véritablement structuré au milieu du 18e siècle et fonctionne toujours aujourd’hui selon sur le même modèle, unique au monde : au lieu de commercialiser leurs vins en direct auprès des distributeurs et des particuliers, les grands châteaux bordelais les vendent exclusivement à des négociants, par l’intermédiaire de courtiers qui veillent au bon déroulement de chaque transaction pour les deux parties. Le trio châteaux-courtiers-négociants constitue ce que l’on appelle « la place de Bordeaux ».

L’autre spécificité de cette vente est qu’elle a lieu de manière anticipée, alors que les vins n’ont pas encore terminé leur élevage en barrique, d’où son nom de « vente en primeur ». Ensuite, les négociants commercialiseront ces vins à travers le monde, aux particuliers, restaurateurs, cavistes et importateurs. DUCLOT, propriétaire de CHATEAUNET, est l’un de ces négociants historiques.

Deux rives pour huit cépages

Outre la Garonne qui traverse le Bordelais du sud vers le nord, la région est arrosée par un second fleuve, la Dordogne, qui arrive par l’est. Ces deux cours d’eau se rejoignent pour former la Gironde qui se jette dans l’Atlantique, c’est pourquoi, quand on parle des grands vins rouges de Bordeaux, on évoque souvent deux rives : la gauche, pour désigner le Médoc et les Graves, la droite pour Saint-Emilion et Pomerol. Les vignes situées entre les deux fleuves constituent la bien-nommée région de « l’Entre-deux-Mers ».

A chaque rive correspond un terroir dominant, favorable à un ou plusieurs cépages majoritaires, d’où des vins au profil sensiblement différent d’une rive à l’autre. Rive gauche, le sol de graves est particulièrement propice à l’épanouissement du cépage cabernet-sauvignon, qui donne des vins rouges structurés, portés par une trame tannique bien ferme et gage de longévité en cave. Il est associé au merlot et au cabernet franc, parfois aussi au petit verdot, et plus rarement au malbec. En revanche, ce même merlot est le roi de la rive droite, adapté aussi bien au terroir argilo-calcaire de Saint-Emilion qu’au sol de graves et d’argile de Pomerol, associé au cabernet franc et dans une moindre mesure au cabernet-sauvignon. Le merlot signe des rouges charnus, soyeux et aromatiques, souvent accessibles plus tôt que ceux de la rive gauche.

Parmi les vins blancs secs du Bordelais, les plus fins sont produits en appellation Pessac-Léognan sur la rive gauche, à partir des cépages sémillon et sauvignon, avec parfois de la muscadelle. Enfin la région produit, à partir des mêmes cépages et sur les deux rives, de grands vins blancs liquoreux, dont les crus de Sauternes et de Barsac sont les plus recherchés.

Les classements : en être… ou pas

Pour le consommateur, une des clés d’entrée dans la vaste gamme des vins bordelais consiste à se fier aux classements historiques détaillés ci-dessous, basés sur le cours moyen des vins à l’époque concernée. Mais les grands Bordeaux ne se résument pas aux classements, la preuve avec la très qualitative appellation Pomerol, qui n’a jamais mis en place de hiérarchie officielle ; elle n’a pas non plus eu la possibilité d’intégrer le fameux classement de 1855, établi à la demande de la Chambre de commerce de Bordeaux, puisque Pomerol était liée à une autre Chambre de Commerce, celle de Libourne.

Ainsi, de belles surprises attendent l’amateur un peu partout dans le vignoble, à la faveur d’un terroir à la qualité jusque-là insoupçonnée, d’un vigneron au savoir-faire unique, d’un œnologue à la parfaite maîtrise des vinifications ou d’un millésime exceptionnel.

  • Le classement du Médoc et Sauternes - Elaboré à l’occasion de l’exposition universelle de Paris en 1855, il concerne 60 crus du Médoc, avec inclusion du Château Haut-Brion à Pessac-Léognan. Composée de cinq rangs (de 1er à 5e Cru Classé), cette hiérarchie est immuable depuis son origine, à l’exception du Château Mouton-Rothschild passé du rang de 2e à celui de 1er Cru Classé en 1973. Le classement de 1855 concerne aussi 27 crus de Sauternes, avec seulement trois rangs (1er Cru Supérieur, 1er et 2nd Cru Classé).
  • Le classement de Saint-Emilion - Etabli en 1954, il est révisable tous les 10 ans. Tandis que le palmarès de 2006 a fait l’objet d’une formidable bataille juridique aboutissant à son annulation, le classement de 2012 est toujours en vigueur, malgré le mécontentement de quelques déclassés et non promus. Il distingue 82 propriétés, dont quatre 1ers Grands Crus Classés A, la catégorie suprême, 14 1ers Grands Crus Classés B et 64 Grands Crus Classés.
  • Le classement des Graves - Né en 1953 et immuable, il illustre sept crus pour leur vin rouge, trois pour leur blanc, tandis que six crus sont classés dans les deux couleurs. En 1987, ces 16 domaines - et d’autres non classés - sont passés en appellation Pessac-Léognan, créée pour signaler les meilleurs terroirs des Graves.
  • Le classement des Crus Bourgeois - Publié en 1932, il concerne aujourd’hui environ 250 propriétés du Médoc regroupées au sein de l’Alliance des Crus Bourgeois. Après l’imbroglio juridique qui avait conduit à l’annulation de la dernière révision en 2003, une nouvelle forme de classement, révisable à chaque nouveau millésime et fondé sur la dégustation des vins en lice, est en vigueur depuis 2010 (millésime 2008).